Commentaires sur les acquisitions de la Société des Amis de Versailles

Pierre Arizzoli-Clémentel
Directeur général de l’Etablissement public du musée et du domaine national de Versailles

La Société des Amis de Versailles nous a bien souvent accompagné tout au long de ces cent ans et plus particulièrement depuis la moitié des années 80, dans notre longue quête autour du remeublement de Versailles, tâche sans fin mais ô combien enthousiasmante. Elle a répondu présent chaque fois que nous l’avons sollicitée, participant ainsi à cette aventure qui a passionné et qui passionne le public, but recherché sans fléchir, appuyé sur des recherches d’archives qui ont révélé leur importance pour une meilleure connaissance du mobilier royal français.
Des conservateurs du musée évoquent, tour à tour, dans les pages qui suivent, les livres anciens, les sculptures, les porcelaines, les dessins.
Qu’il nous soit permis de revenir sur le domaine du mobilier proprement dit pour souligner les enrichissements rendus possibles par cette action, dans un effort parfois désespéré mais souvent récompensé.
Deux domaines du mobilier sont à examiner : l’ébénisterie et la menuiserie. Dans le premier domaine, moindres ont été les enrichissements à part entière, alors que les participations à des achats ont été déterminants. Le bas d’armoire à vantaux du dauphin fils de Louis XVI, offert en 1991, est une oeuvre de Bennemann. En acajou, ce grand meuble de lignes simples évoque la vie quotidienne juste avant la Révolution, puisqu’il date de 1787. Aussi important pour rappeler des aspects de cette vie qui a bien souvent disparu de ces lieux l’étagère en encoignure de Criaerd (milieu du XVIIIe siècle) est un élément précieux car rarement parvenu jusqu’à nous (offerte en 2006).


Les participations sont, elles, plus nombreuses : dès 1956, les Amis donnèrent une partie du montant de la grande commode de Levasseur pour le comte d’Artois au Temple, qui illustre si bien le renouveau pour le genre Boulle à la fin du XVIIIe siècle. Puis ce sont les ventes de la collection Rosebery à Mentmore qui apportèrent au musée un secrétaire à abattant de Riesener pour la chambre de Marie-Antoinette, au rez-de-chaussée sur la cour de marbre (1977).

La même année rentra dans les collections la précieuse petite armoire porte-montres de Louis XVI provenant des collections Redé, du même ébéniste que le bureau du cabinet d’artillerie de Louis XVI, le grand Riesener, acheté en 1983. 1989, année du Bicentenaire de la Révolution, doit être rappelé à Versailles par l’arrivée du bureau plat d’Oeben pour le Dauphin, fils de Louis XV et de la petite commode de la garde-robe de Louis XVI par Weisweiler, qui retrouva cette pièce insigne. Il faut attendre 1997 pour que les Amis participent à l’arrivée d’un grand chef-d’oeuvre, le serre-bijoux de Carlin, offert sans doute à Marie-Antoinette comme présent de noce, en 1770, (participation de la banque ABN Amro, par l’intermédiaire de la Société des Amis de Versailles). 1999 suivra avec le médiatique retour de la grande commode de la bibliothèque de Louis XVI pour lequel il fallut rassembler tous les efforts disponibles et notamment les Amis, à côté du formidable cadeau fait par Madame François Pinault à Versailles.

Dans le domaine de la menuiserie, un enrichissement remarquable est à mettre au compte entier des Amis : aux ventes de Mentmore (1977), ils ont offert au musée le superbe et unique paravent à 6 feuilles de Boulard provenant de la Chambre à coucher du comte de Provence à Versailles, en bois doré et possédant encore, rareté absolue, sa soierie lyonnaise d’origine. Dix ans plus tard, a suivi une console charmante, celle des Bains de Madame Adélaïde, vers 1780, aux lignes néoclassiques. Les Amis se sont aussi intéressés aux efforts accomplis pour compléter le patrimoine du Premier Empire de Versailles : le don, en 2002, de deux bergères de Jacob-Desmalter pour le salon de Madame Mère au Grand Trianon, a permis de lancer le remeublement de ce salon, bien dénaturé auparavant.
Toujours pour la menuiserie, les Amis ont participé à bien des occasions qui se présentèrent, la plus emblématique, car la première, en 1939, étant le retour de l’écran de cheminée de la grande chambre de Marie-Antoinette à Versailles par Sené : c’était le début du lancement d’une opération qui a duré 30 ans, le remeublement et la résurrection de cette pièce si célèbre. Trente ans plus tard, en 1962, le docteur Durand offrait aux Amis une belle série de sièges, dont des Delanois, qui furent utilisés plus tard pour meubler l’évocation faite du premier appartement Pompadour au château. 1994 est une année à marquer d’une pierre miliaire : l’arrivée, grâce à la participation des Amis, d’une série de cinq pliants splendides de Sené, livrés pour Louis XVI en 1787. Quand on sait la rareté de ce type de sièges encore existants, alors qu’il y en avait tant à Versailles, on mesure l’importance de l’enrichissement.

2001 sera encore plus brillant : l’acquisition à New-York, aidée par les Amis, de 4 chaises de Delanois, pour le salon de compagnie de la comtesse Du Barry, véritables chefs d’oeuvre d’équilibre et de mesure, aux dossiers en médaillon, aura été un grand moment.
Enfin, les Amis auront persuadé plusieurs grandes sociétés et amateurs d’aider Versailles dans sa tâche : nous voudrions citer, en terminant ce beau florilège, l’arrivée d’une banquette de billard de 1784, offerte par Louis Vuitton en 1987, la seule que nous soyons en mesure de présenter, au château, alors que ce jeu était si apprécié et pratiqué à la cour. Dans la même optique, c’est François Léage qui a bien voulu accepter de faire en 2000 le don d’un siège qui complète une série : une chaise de Boulard en bois peint de la salle à manger des porcelaines de Louis XVI. Sur 50 de la livraison initiale, nous sommes parvenus petit à petit à 14 avec la marque de Versailles : on voit le chemin parcouru en quelques années.
En 2003 et 2005, enfin, à trois reprises, le comte Edouard de Royère a suivi le président de la Société dans ses propositions : tout d’abord, grâce à lui, une petite commode de de Loose a pu réintégrer le Petit Trianon, ce qui n’est pas si courant. Il s’agit de la première livraison connue à la nouvelle propriétaire du chef d’oeuvre de Gabriel, en 1774, Marie-Antoinette. En 2005, des banquettes et tabourets d’antichambre du XVIIIe siècle, qui ont quasiment tous disparu, ont aussi été offerts : provenant d’une maison possédée à Montreuil par la comtesse de Provence, ils ont été livrés par Georges Jacob, le grand menuisier, et orneront parfaitement la résidence de Marie-Antoinette.
C’est pour son fils, le Dauphin, qui devait mourir en 1789, qu’une petite table à écrire en marqueterie a été livrée en 1782 : petit à petit, grâce à ce nouveau don de Monsieur de Royère, le musée est ainsi devenu la plus riche collection au monde de meubles de Riesener. Les Amis auront donc bien concouru à ce remarquable effort, qui fait revivre un lieu insigne que le monde entier vient voir et admirer, Versailles.