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Commentaires sur les acquisitions de la Société des Amis de Versailles
Christian Baulez
Conservateur général
En 1991, nous faisions paraître dans la Revue du Louvre sous un titre très proche, « Versailles, vers un retour des Sèvres », un premier bilan des acquisitions qui avaient été réalisées depuis 1978 grâce aux efforts conjugués de l’État et du mécénat de Versailles ainsi qu’à la générosité des Lutèce et Versailles Foundations, du Syndicat national des antiquaires, de la Société des Amis de Versailles, ainsi qu’à celle de nombreux particuliers tels que M. et Mme Eugène Becker, Didier Cramoisan, Bernard Dragesco, Roxane Dubuisson, Pierre Fabre, M. et Mme Jean Lupu, Charles-Otto Zieseniss. Sept ans plus tard, en hommage à Jean-Pierre Babelon, qui avait largement soutenu cette politique, nous dressions dans Versalia un nouveau bilan, plus positif encore, où l’on retrouvait les mêmes acteurs, institutionnels ou privés, auxquels s’étaient ajoutés la société Altran, Hubert de Givenchy, Adrian Sassoon, M. et Mme Bernard Steinitz. Depuis lors, le mouvement s’est encore accentué, grâce aux mêmes soutiens publics, avec les mêmes amis fidèles et de nouveaux donateurs. Avec l’appui de tous ces partisans du « remeublement » de Versailles, ce sont des tableaux peints sur porcelaine, des vases, de la vaisselle de table et de salon, des biscuits d’ornement qui sont revenus en nombre dans leurs murs.
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Le centenaire de 2007 est l’occasion de célébrer la part active qu’a prise la Société des Amis de Versailles dans ce retour des porcelaines qui, pour la première fois dans un musée français, sont présentées là où elles doivent être, à l’endroit même où elles servaient.
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Ce concours des énergies et des générosités repose en amont sur un remarquable accroissement des connaissances. Reconnaître les Sèvres ayant historiquement figuré à Versailles fut un premier pas, sous l’impulsion de Pierre Verlet, qui identifia au Louvre et à Fontainebleau, mais surtout dans des collections étrangères, quelques-unes des pièces les plus spectaculaires.
Parallèlement, il faisait acquérir pour le Louvre les premiers chefs-d’oeuvre d’une remarquable collection. Les porcelaines sortaient alors, grâce aux recherches de nombreux techniciens et historiens, d’un long purgatoire où les avaient contraintes les habiles faussaires qui avaient, depuis le XIXe siècle, multiplié les copies, les faux, les surdécors. Aujourd’hui, dans la très grande majorité des cas, on dispose des moyens nécessaires pour séparer le bon grain de l’ivraie afin d’effectuer les acquisitions avec le maximum de garantie.
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Parallèlement, l’étude des provenances originelles a elle aussi grandement progressé. Dans une mémorable exposition sur Les Grands Services de Sèvres organisée en 1951 ne figuraient que treize services antérieurs à la Révolution, dont huit étaient des « présents du roi », conservés en tout ou partie dans les cours étrangères ; quatre étaient des achats privés dont trois aux chiffres de leur commanditaire, la comtesse Du Barry, le cardinal de Rohan, l’impératrice Catherine II, le quatrième ayant appartenu au comte d’Artois. |
Le dernier service était celui de Louis XVI, dit « grand service de Versailles », conservé pour l’essentiel au château de Windsor. Aujourd’hui, grâce aux études ponctuelles de trois générations de chercheurs et, en dernier lieu, au travail systématique de David Peters, on peut considérer que la plupart des services de Vincennes et de Sèvres sont identifiés ou en passe de l’être. C’est ainsi que, désormais, Versailles peut montrer plusieurs éléments de six des services de Louis XV et de deux des quatre services de Mme Du Barry, dont 77 pièces du premier, décoré d’un ruban bleu, ont été offertes par les Amis de Versailles en 1992. Louis XVI y est également présent grâce à deux modèles d’offices, à roses et feuillage, à guirlandes de myrte et barbeaux, mais surtout avec quatre pièces du « grand service de Versailles », dont deux tasses à glace ont été offertes par les Amis de Versailles en 1998. On y peut évoquer le goût de Marie-Antoinette avec partie de quatre de ses cinq services de Sèvres, surtout celui de 1784 probablement commandé pour les Tuileries et dont 48 pièces ont été offertes par les Amis de Versailles en 1994. Les comtesses de Provence et d’Artois sont présentes avec chacune des éléments de deux de leurs services de table. Côté salon, Versailles est bien moins doté en services à café, mais peut néanmoins exposer une tasse à l’effigie de Rabelais, acquise par Louis XVI, et deux cabarets à décor chinois ayant eux aussi appartenu au roi et à Madame Adélaïde.
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En dehors de la table, Sèvres fournissait de nombreux vases d’ornement à chacun des membres de la famille royale, qui les utilisaient dans toutes leurs résidences : c’est de Marie-Antoinette à Saint-Cloud que provient une garniture de trois vases chinois ayant sûrement figuré d’abord à Versailles et présentée désormais dans le grand cabinet de la reine. Le choix de Mesdames est illustré par deux « vases serpents Leriche », trouvés à Bellevue en 1794, et par un grand vase chinois bleu lapis, versaillais celui-ci, offert par M. Hubert de Givenchy.
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Cinq paires de vases et une cuvette Courteille ont retrouvé le chemin des appartements de Louis XVI, deux autres cuvettes celui de Mme Du Barry. Progressivement revient aussi toute une population de figures et de groupes en biscuit dont, jusqu’en 1789, tables, cheminées ou consoles étaient couvertes.
Quoique largement majoritaire, Sèvres devait faire face à la concurrence des manufactures parisiennes ou même provinciales, pièces souvent offertes au roi et à sa famille à l’appui d’une demande de privilège. La bibliothèque de Louis XVI a ainsi retrouvé une descente de Croix en biscuit de Valenciennes, probablement celle offerte au roi en 1786. Un service à café à l’effigie des membres de la famille royale acquis en 2004 et sorti des ateliers de Pïerre-Antoine Hannong, rue Saint-Denis, aurait pu être offert en 1778-1779 à l’appui d’une telle demande, pour obtenir la protection du comte d’Artois. Afin de ne pas être en reste avec son mari, ses beaux-frères, neveux ou cousins, Marie-Antoinette protégea elle aussi « sa » manufacture, installée rue Thiroux, d’où sortirent les porcelaines conçues spécialement pour sa laiterie de Trianon : grâce aux Amis de Versailles, deux terrines ayant toutes chances d’en provenir purent être acquises en l’an 2000 au prix de 28 000 francs. En mars dernier chez Sotheby’s, une terrine identique disputée entre un musée-château anglais et un collectionneur américain dépassait les 60 000 euros. C’est dire si Versailles ne doit pas relâcher sa vigilance et combien ses Amis ne sont pas au bout de leurs peines.
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