Commentaires sur les acquisitions de la Société des Amis de Versailles
Valérie Bajou et Raphaël Masson
Conservateurs
La Révolution, en démeublant Versailles, en fit également disparaître les livres. Leur dispersion s’échelonna durant plusieurs années, même si beaucoup furent envoyés à Paris, à la Bibliothèque du roi, bientôt Bibliothèque nationale. Seule une traque patiente dans de nombreux fonds publics ou privés et une lecture obstinée des inventaires subsistants permettent de reconstituer la richesse et la splendeur des nombreuses bibliothèques connues et moins connues du palais. Grâce aux archives, il est ainsi possible de reconstituer l’état des fonds de la bibliothèque de Marie-Antoinette dans son appartement intérieur et au château de Trianon, une partie de celles de Mesdames, de celles de Louis XV ou de Louis XVI. Les livres, eux, sont à rechercher dans les grandes bibliothèques, au premier rang desquelles, bien sûr, figure la Bibliothèque nationale de France.
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Mais combien d’ouvrages provenant de Versailles ne se trouvent-ils pas dans les travées d’autres institutions, parfois inattendues ? Citons, sans pouvoir être exhaustif loin s’en faut , la Bibliothèque municipale de Versailles, la bibliothèque du Service historique de la Défense à Vincennes, la bibliothèque du Conservatoire national des arts et métiers, la bibliothèque Mazarine, la bibliothèque de l’École de guerre, ou même la Bibliothèque municipale de Périgueux, qui conserve près de deux cents livres provenant de la bibliothèque de la reine au Petit Trianon... Et c’est sans compter les ouvrages passés en mains privées, auxquels les catalogues de vente permettent régulièrement de réapparaître au grand jour.
Des rayonnages déserts : voilà ce qui s’offrait au regard du visiteur qui parcourait les bibliothèques du château de Versailles dans la première moitié du XXe siècle. Reconstituer ce fonds relève donc de la gageure. Il est évident que les collections publiques où les ouvrages versaillais ont trouvé refuge ne sauraient se départir de fonds qui souvent en sont l’un des fleurons. Laisser des étagères vides dans un château qui retrouve peu à peu une grande partie de son mobilier et que les efforts de plusieurs générations de conservateurs tendent à restituer dans un état aussi proche de celui qui était le sien à la fin de l’Ancien Régime est tout autant désolant. Aussi, grâce aux dépôts de la Bibliothèque nationale, les bibliothèques de Louis XVI, en 1942, et de Marie-Antoinette, en 1957, ont pu être regarnies d’ouvrages anciens frappés aux armes royales.
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L’initiative personnelle de plusieurs bibliophiles de la Société des Amis du château de Versailles fut décisive : livre par livre, sachant que chaque exemplaire acquis allait susciter un nouveau don, la Société a permis une présentation des livres de Mesdames, filles de Louis XV. Elle permit également l’évocation de la bibliothèque de Mme de Pompadour, dans son appartement reconstitué à l’attique. Un choix judicieux d’ouvrages aux armes royales et princières a suscité un engouement croissant et régulier qui permet de redonner vie à ces lieux d’intimité.
La Société des Amis de Versailles a également poursuivi la politique d’acquisition des livres rares sur l’histoire du domaine et sur la vie de cour sous l’Ancien Régime. Le coeur de ce fonds fut constitué par l’achat en vente publique en 1934 de manuscrits et d’ouvrages imprimés provenant de la bibliothèque de M. Henri Grosseuvre, bibliophile versaillais, qui possédait l’hôtel des Réservoirs. L’État et la ville de Versailles pour la Bibliothèque municipale ainsi que le musée Lambinet se sont portés acquéreurs de nombreux numéros. Mais la Société des Amis combla bien des absences, notamment en permettant de compléter des séries comme celle des almanachs, si précieux pour l’étude de la monarchie et de la cour. |
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