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Mécénat

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Bas d'armoire de la chambre du Dauphin



Guillaume BENNEMAN, 1787

Chêne, acajou et placage d'acajou, marbre griotte de Flandres

H. 140 ; l. 102 ; P. 44 cm

Estampille de G. Benneman deux fois ; marque W au pinceau

N° inventaire: V 5370 

Acquis en 1991. Don de la Société des Amis de Versailles

La naissance tant attendue d'un héritier en 1781 ne bouleversa pas pour autant l'affectation des appartements dans le corps central du château : le comte de Provence, jusqu'alors héritier présomptif de la Couronne, put conserver l'appartement traditionnellement réservé au Dauphin au rez-de-chaussée, sous une partie de la Galerie des Glaces et de l'appartement de la Reine, appartement qu'il occupait depuis 1774.

Ce n'est en fait qu'en 1787 qu'il dût le céder au petit prince, au moment de son « passage aux hommes ». Mais la richesse de mise pour l'appartement de l'héritier du trône n'était pas jugée convenable pour un prince encore très jeune ; c'est pourquoi le Garde-Meuble s'attacha à rendre plus gaies et fraîches mais aussi plus fonctionnelles ces salles dont les lambris dorés furent blanchis et les tentures brodées d'or, dont certaines installées pour le Dauphin son grand-père en 1747, remplacées par un simple damas vert.

Le mobilier fut également renouvelé dans le même souci de faciliter avant tout la vie de l'enfant et de son service. Ainsi, pour la seconde antichambre ou pièce des Nobles, un grand meuble d'appui fut commandé à Guillaume Benneman, par l'ordre 74 du 10 mars 1787 : « un bas d'armoire à dessus de marbre de Flandres, de 6 pieds de longueur en bois d'acajou à 2 vantaux, les trois tiroirs fermant à clef, entrées et chapiteaux dorés d'or moulu ». Le meuble fut finalement placé dans la chambre voisine, où il s'adapte parfaitement au lambris du trumeau de glace opposé à la cheminée. Vraisemblablement par un ordre verbal, la commande avait par ailleurs été légèrement modifiée, réduisant le nombre de tiroirs en ceinture à deux.

Le meuble est précisément décrit dans les inventaires, dressés de 1787 à 1791. Le mémoire d'Hauré, qui supervisa la commande, détaille les interventions des différents artisans, outre l'ébéniste Benneman : le fondeur Ravrio, le doreur Chaudron, le serrurier Michel et le marbrier Lenfant, et c'est d'ailleurs à ce dernier que revint le paiement le plus important, 187 livres 10 sous sur un total de presque 330 livres, pour la fourniture du dessus en marbre « griotte de Flandres ».

Bien que d'une qualité différente du griotte rouge d'Italie de la cheminée installée en 1712, l'administration du Garde-Meuble n'a pas cru bon de le remplacer, considérant qu'il s'agissait là de toute façon d'un mobilier de transition et que le jeune prince ne serait pas sensible à cette légère dissonance. Ce meuble est aujourd'hui un émouvant témoignage du cadre élégant et fonctionnel dans lequel vécut le premier Dauphin, jusqu'à sa mort à la veille de la Révolution, le 5 juin 1789, sous le regard attentif de son gouverneur, le duc d'Harcourt, logé dans l'appartement de la Dauphine mitoyen.

Notice de Bertrand Rondot.

 

BIBLIOGRAPHIE

Pierre Arizzoli-Clémentel, « Les « Amis de Versailles » et l'enrichissement des collections ? Deuxième partie », Versalia n° 3, 2000, p. 11, fig. 14.

Daniel Meyer, Le mobilier de Versailles XVIIe-XVIIIe siècles ? tome 1 : les meubles royaux prestigieux , Dijon, Editions Faton, 2002, n° 22, p. 84-85